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Japon : mission historique vers Phobos, lune de Mars

La sonde MMX du Japon partira prélever 10 grammes d’échantillons sur Phobos, lune de Mars. Cette mission éclairera les origines du Système solaire.

Phys.org (phys.org)

Résumé rapide : Le Japon lance la mission MMX, qui doit se poser sur Phobos, lune de Mars, et en rapporter au moins 10 grammes d’échantillons. La sonde non habitée, lancée depuis Tanegashima par une fusée H3, atteindra les abords de Mars en août 2027. La mission vise à éclairer l’origine des lunes de Mars et la façon dont l’eau et les composés organiques ont pu être apportés sur Terre.

Le Japon prépare une visite directe vers l’un des recoins les moins bien compris du Système solaire. La sonde MMX non habitée de la JAXA se posera sur Phobos, lune de Mars, prélèvera des échantillons à sa surface puis reviendra sur Terre.

Il s’agira du premier aller-retour vers la région de Mars. Autrement dit, pas question de laisser une sonde sur place et de l’oublier : le retour à la maison fait partie du programme, avec les échantillons à bord.

Que fait exactement la mission MMX ?

La sonde Martian Moons eXploration (MMX) partira du Centre spatial de Tanegashima à bord de la fusée H3, le lanceur phare du Japon. Le décollage est prévu le mardi 20 octobre à 04 h 41, heure locale (lundi 19 octobre à 19 h 41 GMT).

La mission n’est pas l’affaire du Japon seul. Les agences spatiales américaine et européenne, de nombreuses universités et des entreprises technologiques participent également au projet. Il en résulte une intelligence collective à une échelle qu’aucun pays ne pourrait porter isolément.

La sonde arrivera à proximité de Mars en août 2027. Elle se placera ensuite en orbite autour de Phobos, se posera à la surface et collectera au moins 10 grammes (0,35 once) de matière. L’ensemble de ces opérations s’étalera sur trois années passées dans la région de Mars.

Le deuxième objectif de la mission est Deimos. La sonde observera cette petite lune à distance. Les deux satellites de Mars seront ainsi étudiés dans le cadre d’une même mission, avec des données comparables.

La sonde MMX de la JAXA descendant vers la surface de Phobos
La sonde MMX se posera sur Phobos pour y collecter des échantillons. (Image d’illustration)

Pourquoi 10 grammes d’échantillons de Phobos ont-ils tant de valeur ?

Dix grammes, cela peut prêter à sourire. Ce n’est même pas une cuillère à café. Mais un échantillon de cette taille représente assez de matière pour être étudié en laboratoire pendant des mois, voire des années.

Qui plus est, la surface de Phobos absorbe comme une éponge, depuis des milliards d’années, les particules éjectées par Mars. L’échantillon pourrait donc contenir de la matière arrachée à Mars elle-même.

Selon le résumé de la JAXA, ces échantillons permettront de distinguer l’origine des lunes. Ils pourraient aussi ouvrir une piste sur la manière dont l’eau et les composés organiques ont atteint les planètes rocheuses internes.

Paramètre Valeur
Nom de la mission MMX (Martian Moons eXploration)
Agence responsable JAXA (en coopération avec la NASA et l’ESA)
Lanceur Fusée H3
Site de lancement Centre spatial de Tanegashima, Japon
Date et heure de lancement 20 octobre 2026, 04 h 41 JST
Objectif principal Phobos (la grande lune de Mars)
Quantité d’échantillon visée Au moins 10 grammes (0,35 once)
Arrivée à Mars Août 2027
Durée des opérations dans la région de Mars 3 ans
Objectif secondaire Observation à distance de Deimos

Comment les lunes de Mars se sont-elles formées ? Deux scénarios concurrents

L’origine de Phobos et Deimos reste un sujet de débat parmi les spécialistes des sciences planétaires. Deux grands scénarios sont sur la table, et ils mènent à des conclusions radicalement différentes.

Premier scénario : ces corps seraient des astéroïdes capturés par Mars. Autrement dit, des vagabonds venus d’ailleurs dans le Système solaire, tombés dans le piège gravitationnel de la planète rouge.

Le second scénario est bien plus spectaculaire. Les lunes se seraient formées à partir des débris projetés lors de l’impact d’un objet géant sur Mars, débris qui se seraient ensuite agglomérés en orbite. Un scénario comparable est aussi avancé pour la formation de notre Lune.

Mais comment distinguer ces deux hypothèses ? C’est précisément là que l’échantillon entre en jeu. Un astéroïde capturé et des débris d’impact laissent des empreintes différentes, tant par leurs rapports isotopiques que par leur structure minéralogique.

Les analyses menées dans les laboratoires terrestres pourront largement déterminer laquelle de ces deux histoires est la bonne. Y parvenir par la seule observation à distance est en revanche presque impossible.

La fusée H3 décollant du Centre spatial de Tanegashima
La fusée H3 emportera la sonde MMX depuis Tanegashima. (Image d’illustration)

La fusée H3 et l’excitation d’avant-lancement

Le lanceur H3, qui doit emporter la mission, est l’un des outils les plus critiques du programme spatial japonais. Makoto Arita, chef de projet de l’équipe de lancement, a confié ses émotions aux journalistes sans détour.

« Faire partie d’une mission aussi importante est incroyablement exaltant. »

Ces mots ont été prononcés par Arita lui-même deux jours avant le lancement. Ces instants où des années de préparation se concentrent dans un seul compte à rebours représentent sans doute une pression indescriptible pour les ingénieurs.

Que se passe-t-il si la fenêtre de lancement est manquée ? Pour une grande fusée comme H3, les occasions sont étroites. Attraper une trajectoire interplanétaire exige de partir au bon moment et à la bonne vitesse.

Mais que signifie cette exploration pour nous ?

La réponse à cette question est bien plus personnelle qu’on ne le croit. Car la question de savoir comment l’eau et les molécules organiques ont atteint les planètes rocheuses internes fait partie d’une interrogation plus vaste : « comment sommes-nous arrivés ici ? »

L’origine de l’eau sur la Terre primitive n’est toujours pas claire. Les comètes l’ont-elles apportée, ou les astéroïdes, ou bien notre planète a-t-elle produit sa propre eau ? Les échantillons rapportés de Phobos pourraient apporter une donnée concrète à ce débat.

Phobos est un monde à la gravité très faible, dont la surface est couverte de poussière et de débris. Se poser sur un tel objet et y prélever des échantillons constitue aussi un sérieux défi d’ingénierie d’atterrissage.

Les travaux consacrés à ce type de cibles difficiles illustrent aussi le réflexe général de la science spatiale. Récemment, le candidat de galaxie sombre mis au jour par le télescope FAST rappelait quelque chose de similaire : comprendre l’Univers exige souvent d’aller y regarder de près.

De même, la découverte de pierres précieuses dans l’atmosphère de WASP-17b avait repoussé les limites de l’observation à distance. MMX suit la direction inverse : elle rapporte un échantillon physique.

Même des découvertes aussi singulières que la première étoile verte nous rappellent combien nos données restent limitées. Chaque nouvelle mission comble un vide dans un coin de la carte.

La surface cratérisée de Phobos
La surface de Phobos, criblée de cratères, conserve les traces de milliards d’années de collisions. (Image d’illustration)

Une étape vers le voyage habité vers Mars

MMX présente un autre bénéfice secondaire : préparer le terrain pour l’exploration habitée. Les données recueillies par un engin qui travaillera trois ans dans la région de Mars nous aideront à comprendre les conditions qui y règnent.

Niveaux de rayonnement, dynamique orbitale, difficultés d’atterrissage et de décollage… Autant d’informations dont auront besoin les équipes qui voudront un jour envoyer des humains sur Mars.

L’essentiel, bien sûr, reste la science. Mais si l’on observe la manière dont les programmes spatiaux avancent dans la réalité, on voit que chaque mission de retour d’échantillons prépare aussi l’infrastructure de la grande étape suivante.

Sources

Le regard de l’éditeur : Je vais être franc : lancer une fusée à plusieurs milliards de dollars pour 10 grammes de sol semble, à première vue, une folie. Mais en science, une cuillère à café raconte parfois bien plus que des milliers de pages de données d’observation à distance. Phobos

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